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Léa Roback

1903-2000

Photographie Louise de Grosbois © Fondation Léa Roback
 

J’ai toujours été avec les ouvriers et les ouvrières.
Je ne voulais pas sortir des rangs.
Je voulais pouvoir dire « nous » et que ce soit nous.

 

Il faut dire : « Je vais agir parce que mon for intérieur l’exige »,
Penser : « Bon gré mal gré, je le fais. Si ça réussit, bravo !
Sinon, je m’y reprendrai d’une autre façon ou j’en ferai mon deuil ».
C’est tellement triste les gens qui ne connaissent pas l’enthousiasme.

 

L’important, c’est d’apprendre à être humain,
apprendre que les autres, c’est du monde comme nous.

 

Voyez là-bas par la fenêtre !
Regardez le firmament, il y a beaucoup de gris n’est-ce pas?
Mais aussi, le voyez-vous, entre le noir gris
Et le gris blanc, il y a du bleu.
Eh bien, moi, je me concentre sur le bleu.


Photographie reproduite avec avec l’aimable autorisation des Archives de la Bibliothèque juive de Montréal
Courtesy of Jewish Public Library Archives, Montreal

LEA ROBACK (1903-2000) Léa nait à Montréal, rue Guilbault, en 1903 de parents juifs polonais, mais elle passe son enfance à Beauport où son pàre exerce son métier de tailleur et, avec sa femme Fanny, tient un magasin général. Seule famille juive du village, avec ses neuf enfants, elle est bien accueillie par les beauportois car, comme dit Léa, « ils étaient pauvres comme nous ».

La famille revient à Montréal en 1915. Léa travaille d’abord comme réceptionniste dans une teinturerie, puis comme caissière au théâtre His Majesty sur la rue Guy. Devant le théâtre, il y a un bordel et la jeune Léa fait la connaissance des prostituées, « de gentilles filles, dit-elle, car dans les années vingt il n’y a pas grand gagne-pain pour les femmes sans éducation. » Est-ce là qu’elle développe sa pensée féministe et ses convictions en faveur du droit à l’éducation et au travail qui guideront son action des années plus tard? Peut-être...

Léa vient d’une famille où on lit et où on apprécie les arts ; elle est, elle-même, férue de théâtre et de littérature. Elle parvient à économiser et décide de s’inscrire à l’Université de Grenoble en littérature en 1926.

Animée d’un esprit d’aventure hors du commun pour une femme de son époque, elle multipliera les voyages dans les années qui suivent. En 1929, elle rejoint son fràre Henri, étudiant en médecine, à Berlin. Elle y apprend l’allemand, suit des cours à l’université et enseigne le français. C’est là, pendant la montée du nazisme, que Léa se politise sérieusement : elle défile dans les rues le Premier mai 1929, se joint aux manifs de protestations des étudiants et des syndicalistes et adhàre bientôt au mouvement communiste qui représente la lutte anti-fascisme. La situation devenant dangereuse autant pour les communistes que pour les Juifs, Léa doit quitter l’Allemagne pour rentrer à Montréal à l’automne 1932.

Pendant deux ans, elle travaillera pour le Young Men Hebrew Association, puis dans une école pour délinquants dans l’état de New York. Elle visite l’URSS en 1934, s’arrête à Paris pour contacter des groupes anti-fascistes, passe par New York, puis s’établit définitivement à Montréal.

On lui confie alors la responsabilité de tenir la librairie marxiste Modern Book Shop sur la rue Bleury au sud de Sainte-Catherine. Léa est de tous les combats et, aux élections fédérales de 1935, elle travaille pour le candidat communiste Fred Rose dans la circonscription de Cartier.

Le militantisme communiste a son prix et Léa ne compte pas les descentes de la police pendant les chasses aux sorcières anti-communistes du gouvernement d’Union nationale. Jusqu’à la fin de sa vie, elle a regretté la disparition des livres qui ont été saisis. Pour comprendre l’attrait du Parti communiste, ici comme ailleurs, il faut se rappeler la montée du fascisme et de l’anti-sémitisme, les exercices des hommes en chemises noires arborant la croix gammée au Parc Lafontaine, les vitrines brisées des commerces juifs par les étudiants de l'Université de Montréal, dont la librairie de Léa, et la complaisance des forces de l'ordre devant cette violence. Léa devient membre active de Solidarité féminine, une organisation de femmes qui s'occupait particulièrement du quotidien des familles nécessiteuses affectées par le chômage.

 
     
  À Montréal, la dépression économique perdure et la situation de la classe ouvrière n’en finit pas de se dégrader. À l’automne 1936, l’Union internationale des travailleuses du vêtement pour dames (UIOVD-ILGWU), qui a son siège à New York, commence une campagne d’organisation dans toute l’industrie à Toronto, Winnipeg et Montréal. La main d’oeuvre presqu’entièrement féminine, travaille dans des lieux insalubres et est honteusement exploitée. Le syndicat dépêche l’organisatrice Rose Pesotta de New York, mais celle-ci ne parle pas français ; Léa est la personne idéale pour l’assister et joue un rôle clé car elle peut s’adresser en français aux travailleuses francophones qui constituent 60% des 5000 travailleuses autant qu’en yiddish et en anglais aux autres travailleuses en grande majorité juives. Après trois semaines, une convention collective est signée et les grévistes peuvent célébrer. Un an plus tard, le contrat sera brisé devant un syndicat affaibli par les purges anti-communistes. Léa quittera les travailleuses du vêtement en 1939 sans toutefois abandonner la lutte pour améliorer la condition des travailleuses.

En 1942, Léa travaille à la chaine à l’usine RCA Victor de Saint-Henri, qui compte 4000 travailleurs dont 40% sont des femmes. À quelques rues de l’usine se trouve aujourd’hui la rue Léa-Roback. L’organisatrice réussit, sans avoir à recourir à la grève, à y instaurer un syndicat industriel mais, comme elle le dit : « C’est impossible de dire c’est telle ou telle personne, c’est elle qui a organisé, jamais. C’est toujours, toujours la base [...] Si les gens ne veulent pas, on ne peut pas les pousser. »

Malgré tous ses talents pour mobiliser les travailleuses, Léa a toujours refusé d’être permanente syndicale et de monter dans la hiérarchie. Elle n’a jamais voulu occuper d’autres fonctions syndicales que celles qui l’amenaient à être sur le terrain. Elle disait : «J’ai toujours été avec les ouvriers et les ouvrières [...] J’aimais être au coude à coude avec les personnes avec qui je travaillais [...] Je ne voulais pas sortir du rang [...] Je voulais pouvoir dire «nous » et que ce soit nous. »

Encore une fois, en 1943, elle participe à la campagne électorale de Fred Rose pour le Parti progressiste-ouvrier, le nouveau nom du Parti communiste, et cette fois c’est le triomphe : Rose est élu député de Montréal-Cartier. Elle prendra peu à peu ses distances avec le Parti communiste qu’elle quittera définitivement en 1958.

À l’armistice de 1945 succède la Guerre froide qui suscite un grand mouvement pacifiste. En 1960 des Canadiennes fondent Voice of Women, qui devient La Voix des Femmes à Montréal qui regroupe des femmes anglophones, francophones comme Thérèse Casgrain, et des polyglottes comme Léa. Elle y jouera un rôle actif : on la voit dans les rues protester contre la militarisation, les armes nucléaires, la guerre du Vietnam et distribuer des tracts contre les jouets militaires. Comme toujours, Léa parle aux gens, explique, garde son sang-froid et son sourire devant des passants pas toujours aussi polis qu’elle.

La lutte contre l’apartheid l’a aussi mobilisée pendant des années et elle a connu la joie de la victoire lors de la libération de Nelson Mandela en 1990. Elle n’a jamais cessé de défendre l’équité salariale et le droit à l’avortement.

D’une vivacité extraordinaire, tant physique que mentale, Léa est demeurée active jusqu'à ce qu’un accident fatal vienne mettre fin, trop tôt, à une vie bien remplie, le 28 août 2000 à 96 ans.

Léa Roback a été une progressiste en avance sur son temps. Son engagement a toujours été fondé sur la solidarité et l’action. Il a été politisé, tourné vers l’avenir et résolument féministe. Il était nourri d’optimisme et ancré dans la certitude d’être du côté de la justice et la conviction de construire un monde meilleur. « C’est drôle, confiait-elle lors d’un entretien, mais je n’ai jamais senti [...] ça ne vaut pas la peine. Ça n’a jamais été pour moi. Voyez-vous là-bas par la fenêtre ? Regardez le firmament : il y a beaucoup de gris n’est-ce-pas ? Mais il y a aussi, le voyez-vous, entre le noir-gris et le gris-blanc, il y a du bleu. Eh bien, moi, je me concentre sur le bleu. »

La cinéaste Sophie Bissonnette a réalisé un documentaire sur Léa Roback : Des Lumières dans la grande Noirceur (A Vision in the Darkness) aux Productions Contre-Jour, 1991.

Nicole Lacelle a publié aux éditions du remue-ménage en 1988 ses entretiens avec Madeleine Parent et Léa Roback.

 

 
 

Photographie reproduite avec l’aimable autorisation des Archives de la Bibliothèque juive de Montréal
Courtesy of Jewish Public Library Archives, Montreal

 
 

 

 

 
 

All rights reserved © Lea Roback Foundation 2002 and 2005

Tous droits réservés © Fondation Léa-Roback 2002 et 2005