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GRANDES AMIES

 

 

Madeleine Parent
(1918-2012)
 

Madeleine Parent, 1949, Montréal.
Photographie A. G. Nakash

 
  Madeleine Parent et Léa Roback, amies de cœur et d’engagement    
 

Quand Léa Roback a demandé en 1939 à être présentée à Madeleine Parent à l’issue d’une réunion, elle ne se doutait probablement pas qu’elle s’apprêtait à jeter les bases d’une amitié durable et à donner le coup d’envoi à un parcours militant hors du commun.

L’histoire retiendra sûrement de la vie de Madeleine les grèves du textile à la fin des années quarante et au début des années cinquante et la lutte acharnée que lui a livré Duplessis l’accusant de sédition ce qui lui avait valu l’emprisonnement.

Il faudra aussi se souvenir de sa contribution remarquable au développement du syndicalisme autonome canadien et québécois. Quand elle fonde, en 1969, la Confédération des syndicats canadiens avec Kent Rowley, son compagnon de vie et de luttes, 70% des travailleurs sont syndiqués dans des organisations syndicales filiales de grands syndicats américains. Aujourd’hui ils sont dans la même proportion membres de syndicats exclusivement canadiens et québécois.

Impossible, non plus, d’oublier son engagement dans la cause des femmes, de toutes les femmes, en particulier les femmes autochtones et immigrantes, qu’elle a défendue sur toutes les tribunes et dont elle avait épousé les revendications.

Mais ce qu’il faut surtout garder en mémoire c’est sa ténacité inflexible, son engagement indéfectible dans les causes qui lui étaient chères et son attachement à la Fondation Léa-Roback dont elle a été membre fondatrice, membre du Conseil d’administration jusqu’en 2009 puis membre honoraire. Comme elle me le disait elle-même lors d’une de mes visites : « Soutenir la Fondation c’est encore une façon de rester militante et de garder vivante mon amitié avec Léa. »

Madeleine nous a quitté. La tristesse a bien sûr sa place dans nos cœurs, mais aussi, sinon plus, la fierté. Fierté d’avoir connu une pionnière de sa trempe. Fierté de pouvoir vivre dans une société qu’elle a contribué à faire évoluer dans le sens d’une plus grande égalité pour les femmes, de la justice et de la solidarité.

Le Conseil d’administration de la Fondation Léa-Roback
Lorraine Pagé, présidente.

Madeleine, tisserande de solidarités

   
 

Née à Montréal en 1918, Madeleine Parent se révèle très tôt une militante déterminée. De 1937 à 1940, alors qu’elle est étudiante à l’université McGill, elle milite, entre autres, pour que le gouvernement fédéral accorde des bourses d’études universitaires aux enfants de familles défavorisées.

En 1942, elle dirige, en compagnie de Kent Rowley, qu’elle épousera en 1953, un mouvement de syndicalisation des 6 000 ouvrières et ouvriers à l’emploi de la Dominion Textile dans les usines de Montréal et de Valleyfield. La grève de 1946 est très dure, particulièrement à Valleyfield, mais elle se termine après cent jours, par la victoire du syndicat et la signature des premières conventions collectives dans ces usines.

Lors de la grève de 1947, à Lachute, le premier ministre Maurice Duplessis fait arrêter Madeleine Parent et Kent Rowley et les accuse de « conspiration séditieuse » en les associant à la « menace communiste ». Les procédures judiciaires se terminent en 1955 par un verdict de non-culpabilité. Mais pendant ces années, le travail syndical au Québec devient difficile, puis impossible pour Madeleine et Kent, le syndicat américain (plus tard condamné pour corruption) les ayant expulsés de ses rangs en 1952, en pleine grève des ouvrières et ouvriers des filatures de coton.

C’est donc en Ontario que Madeleine et Kent poursuivent leur travail de syndicalistes au cours des années 1960 et 1970. Ils contribuent au développement d’un syndicalisme canadien autonome des syndicats américains.

Après la mort de Kent Rowley, en 1978, Madeleine continue de participer à la formation de la relève syndicale jusqu’à sa retraite, en 1983. Elle s’installe alors définitivement au Québec. Son engagement militant se concentre alors sur la lutte contre toutes les formes de discrimination envers les femmes, tant au Québec qu’au Canada. Pacifiste, elle prend position contre les conflits armés qui sévissent à travers le monde.

La peintre québécoise Marcelle Ferron, signataire du Refus global, a fait le commentaire suivant : « La plus grande figure de l’époque, celle qui a le plus fait pour changer le Québec, n’est pas parmi les signataires du Refus global, c’est la syndicaliste Madeleine Parent qui menait à l’époque les grèves dans le textile. »

C’est en ce sens que Madeleine Parent est une figure emblématique du mouvement syndical et de plusieurs luttes marquantes pour la défense des droits.

Madeleine, pionnière

Membre du conseil d’administration de la Fondation Léa-Roback depuis le début, Madeleine Parent en a été l’une des fondatrices. Son nom est associé tout naturellement à celui de Léa, car elles ont lutté pour les mêmes causes et elles sont demeurées unies par une amitié indéfectible.

Madeleine a participé aussi longtemps que sa santé le lui a permis, aux activités de la Fondation. La mission de la Fondation ainsi que sa vitalité financière lui tenaient à cœur. C’est ainsi qu’à l’hiver 2009 elle a fait don à la Fondation de biens personnels, notamment des meubles de valeur.

Madeleine est décédée le 12 mars 2012.

 
 

Photo prise lors de la remise des bourses d’études 2004-2005, Montréal
Photographie : Sandra Salomé ©

 
 

 

 

 

Décédée en 2008,

Hélène Pedneault est toujours vivante

Hélène Pedneault  
 

Hélène Pedneault est décédée le 1er décembre 2008. Née à Jonquière le 1er avril 1952, cette grande Québécoise, inséparablement femme de paroles et femme d’actions, indépendantiste, journaliste et écrivaine, environnementaliste et féministe est toujours aussi vivante, ses engagements transcendant son départ.

Hélène Pedneault était une femme debout…jusqu’à la démesure. Elle était dérangeante, exubérante, engagée et portait en elle la force de l’indignation, le pouvoir de la révolte, la vigueur de la parole. Les causes qui lui tenaient à cœur étaient multiples et essentielles; ses combats, tenaces et authentiques. Désignée à titre posthume par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal Patriote de l’année 2009, son nom demeure indissociable de la Vie en rose ou de la Coalition Eau Secours .

Chaque jour, des occasions surgissent qui l’auraient incitée à prendre la plume ou le micro pour dénoncer, convaincre, mobiliser. Nous sommes maintenant privés de ses colères et de son indignation, de ses élans du cœur, de son humour caustique et de ses analyses foudroyantes.

Dans son  Mon enfance et autres tragédies politiques, Hélène Pedneault écrivait : « L'indignation organise la colère, oriente son feu, le documente jette les cris inutiles aux vidanges, et donne du souffle seulement aux colères qui sont facteurs de changement. La colère peut être stérilisante; l'indignation, féconde. La colère est une sprinteuse; l'indignation est une marathonienne. La colère a la durée de vie d'une allumette; l'indignation, celle d'une flamme olympique. Je pourrais vous en parler longtemps. Je pratique les deux depuis le liquide amniotique et peut-être même avant. » Nous retrouvons bien là ce qui était à la source de ses combats : l’indignation.
Indépendantiste de la première heure, dans sa  Lettre d’amour au Québec, elle laissait courir une plume remplie d’émotion : « C’est par amour que je te veux libre. C’est ce que tous les amoureux du monde devraient se dire. Je te veux poète, voyageur, créateur et original, les bras ouverts et le verbe haut. Prouve-moi qu’un pays sur le point de naître n’est pas obligé d’adopter les vieux réflexes des pays qui croulent sous les siècles. Toi et moi, nous ferons du neuf, promis. De l’inédit. De l’étonnant. De l’amoureux. »  

Cofondatrice de la Coalition Eau Secours!, elle a anobli le terme Porteurs et porteuses d’eau  et nous a rappelé que : « Comme la langue, l’eau est un symbole fondamental, qui fait partie non seulement de notre patrimoine, mais aussi de notre inconscient collectif. L’eau nourrit les corps, les imaginaires, la littérature, le cinéma, les chansons. S’y attaquer, c’est blesser ce que nous avons de plus précieux, c’est voler notre identité. Vouloir toucher l’eau au Québec, c’est comme vouloir toucher à la langue française, comme si l’eau était notre langue maternelle. »

La féministe qu’elle était, celle qui écrivait Les chroniques délinquantes dans La vie en rose et « Du pain et des roses Pour changer les choses […]  Pour qu’on se repose Du pain et des roses », devenue une chanson emblématique de la cause des femmes, ne pouvait renoncer, malgré la silence que la mort lui imposait, à son engagement féministe tant il était vital et indéfectible; elle a poursuivi sa marche.

C’est ainsi qu’il faut voir le geste qu’elle a posé en faisant de la Fondation Léa-Roback sa légataire universelle. En associant son nom à la Fondation, créée en l’honneur d’une syndicaliste et d’une féministe de la première heure qu’elle aimait et admirait, et qui remet chaque année des bourses d’études à des femmes socio-économiquement défavorisées et socialement engagées, elle a exprimé par l’action ce qu’elle avait déjà écrit : « L’éducation est plus qu’un droit, c’est un devoir. »

PDF Texte d’Hélène Pedneault, dédié à Léa Roback 

 
       
 

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